BRICE ESCARGUEL
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Note · Moyémont, Vosges · 13 août 2026

Huit étoiles filantes sur une seule image

Le ciel étoilé au-dessus de la ligne d'arbres, à la table d'orientation de Moyémont, nuit des Perséides

Nuit du 12 au 13 août 2026 — Table d'orientation de Moyémont, Vosges, 863 m.

Une photo de pluie d'étoiles filantes est presque toujours un assemblage. Personne n'attrape huit météores dans une seule pose de treize secondes. Voici comment j'ai fait celle-ci.

Tout a été photographié au même endroit, la même nuit, avec le même cadrage, en deux heures et onze minutes. Je n'ai déplacé aucun météore, ni pris aucun dans une autre série. C'est ce que le capteur a reçu, mais pas au même moment.

Voilà comment on y est arrivés.

Le cœur de la Voie lactée au-dessus de la table d'orientation de Moyémont, Vosges
Le cœur de la Voie lactée. Plusieurs poses du même cadre, superposées en une seule image (empilement). Une seule direction, aucun assemblage.

Préparer avant de monter

Le pic des Perséides tombait dans la nuit du 12 au 13. J'avais repéré le lieu depuis des mois : la table d'orientation de Moyémont, au Haut du Tôt, à 863 mètres. Assez haut pour dépasser les brumes de la vallée. Assez loin d'Épinal pour que le halo de la ville reste bas sur l'horizon.

Le matériel tenait dans un sac : Sony A7R VI, Viltrox 16 mm ouvert à f/2 (une grande ouverture, qui laisse entrer beaucoup de lumière), trépied Peak Design, intervallomètre interne (l'appareil déclenche seul, à intervalle régulier). Réglages : 13 s, ISO 3200, en continu du crépuscule astronomique à trois heures du matin. ISO 3200 est une sensibilité élevée. Le crépuscule astronomique est le moment où le ciel devient tout à fait noir.

Une décision prise avant a tout simplifié : pas de dark frames. Ce sont des photos prises avec le bouchon sur l'objectif, pour mesurer le bruit du capteur. J'empile mes images (je les superpose et j'en fais la moyenne) avec la méthode Min Horizon Noise de Starry Landscape Stacker. Elle écarte les valeurs anormales avant de faire la moyenne. Un pixel chaud (un pixel du capteur qui reste allumé) est une valeur anormale. Un satellite aussi. Ce que les darks corrigent, l'empilement le retire déjà. J'ai donc gagné une demi-heure de ciel sur le terrain, au lieu de la passer à photographier un bouchon d'objectif.

Bilan de la nuit : 498 vues, de 00 h 48 à 02 h 59, avec deux cadrages différents. Et une pause de six minutes en plein milieu. J'en reparle plus bas : elle a failli me coûter une étoile filante.

Trier 498 fichiers sans les regarder un par un

C'est là que le vrai travail commence, et que j'ai travaillé avec Claude.

Le principe du tri tient en une phrase : un météore n'existe que sur une seule vue. Un satellite avance d'une vue à l'autre, toujours avec le même angle. Un avion clignote. On a donc écrit un détecteur. Il compare chaque vue à celles prises juste avant et juste après. Il ne garde que ce qui apparaît puis disparaît.

Résultat : 12 météores retenus. Un avion écarté (feux qui clignotent, vues 3758 à 3771). Et neuf passages de satellites, reconnus à leur avancée régulière.

Deux erreurs en chemin.

La première venait de moi. J'ai regardé deux traînées. J'ai jugé leur angle « faux » et je les ai classées en sporadiques, c'est-à-dire hors Perséides. Le calcul m'a donné tort. Prolongées vers l'arrière, elles arrivaient sur le radiant à 0,5° et 0,1° près. Le radiant est le point du ciel d'où semblent partir toutes les Perséides. L'angle d'une traînée dépend de sa place dans le ciel par rapport au radiant. Le juger à l'œil, c'est deviner.

La seconde venait du script. Le premier détecteur prenait comme référence le maximum des vues voisines. C'était sûr, mais il ne voyait pas les traînées faibles. J'ai repéré à la main deux traces que la machine avait manquées. On a repassé toute la nuit avec une référence médiane, plus sensible. Trois satellites de plus sont apparus. Le premier passage n'était pas faux. Il était incomplet. Ce n'est pas la même chose, et c'est plus dangereux : un résultat propre mais incomplet ne prévient pas.

Et la pause de six minutes ? La première vue après la pause n'avait plus de voisines proches. Le bruit restant a fait un bond, et le seuil de détection aussi. Le météore présent sur cette vue est passé sous le radar. Je l'ai vu à l'œil. La machine ne l'avait pas vu.

Assembler, et le prouver

Le fond de l'image est un empilement de 21 vues moyennées. J'en ai écarté une vingt-deuxième. Elle était 1,8 point plus sombre que les autres, car les réglages ne s'étaient pas synchronisés.

Ensuite, le collage des météores, entièrement par script. Le plus dur n'est pas de superposer les images. Entre la vue qui porte le météore et l'empilement, le ciel a tourné. Sur une image à plat, cette rotation du ciel se corrige par une homographie : une déformation de l'image réglée par huit paramètres, pas deux. On la cale sur les étoiles repérées dans les deux images, en l'affinant plusieurs fois. Résidu final (l'écart restant) : 1,44 à 1,77 pixel sur les huit collages.

Puis la vérification. Chaque traînée est collée dans un petit disque de ciel autour d'elle. J'ai comparé chacun de ces disques avec la même zone de l'empilement seul :

mesurerésultat
niveau ajouté au fond de ciel (médiane)+0,000 %
bruit dans la zone de collage, avant → après4,62 % → 4,72 %
forme des étoiles (allongement), avant → après1,62 → 1,63

Autrement dit : aucun disque plus clair, aucune trace de raccord, aucune étoile dédoublée. Le montage ajoute les traînées et ne touche à rien d'autre. Sans ces trois chiffres, je n'aurais eu qu'une impression.

Une dernière mesure, moins flatteuse. Sur l'empilement, les étoiles ont un allongement de 1,89 au centre de l'image. Or c'est au centre qu'un défaut de l'objectif serait le plus faible. Ce n'est donc pas l'objectif : c'est du filé. Les étoiles ont bougé pendant la pose. À 16 mm sur un capteur de 61 Mpx, la règle NPF (un calcul de la pose maximale avant que les étoiles s'allongent) limite la pose à environ 11 s. J'en ai posé 13. Deux secondes de trop, présentes dans les 21 vues, impossibles à rattraper. La prochaine fois : 10 s, et deux fois plus de vues.

Ce que la photo contient

Ensuite, on a fait l'astrométrie : situer l'image exactement dans le ciel. Deux objets reconnaissables dans le cadre, M31 et les Pléiades, suffisent pour caler la carte du ciel de cette nuit-là. Le cadre vise l'est-nord-est, centré à 31° au-dessus de l'horizon, pour un champ de 74° × 97°.

Carte annotée de l'image composite : les huit Perséides numérotées et les objets du ciel profond identifiés
La même image, annotée. Les huit météores sont numérotés selon la longueur de leur traînée. On voit aussi ce que le cadre contient d'autre.
  • La galaxie d'Andromède (M31) : à 2,5 millions d'années-lumière, c'est l'objet le plus lointain visible à l'œil nu. On voit ses bandes de poussière.
  • L'amas double de Persée (h et χ) : deux amas ouverts jumeaux, des groupes d'étoiles, à 7 500 années-lumière.
  • Les Pléiades, qui se lèvent, bleutées.
  • Mirfak et l'association Melotte 20 : la coulée d'étoiles qui traverse Persée.
  • Algol, une étoile double à éclipses : une étoile passe devant l'autre. Sa luminosité baisse de moitié toutes les 2,87 nuits.
  • Cassiopée, son W en travers du haut de l'image.
  • Capella et Aldébaran, basses sur l'horizon nord-est.
  • Uranus, magnitude 5,7 (un éclat très faible), juste sous les Pléiades. Elle est sur l'image, mais on ne la distingue d'une étoile faible qu'en comparant deux vues à une heure d'écart.
  • Et le radiant des Perséides lui-même : le point d'où partent les huit traînées quand on les prolonge vers l'arrière.
Composite de huit Perséides au-dessus des Vosges, nuit du 12 au 13 août 2026
Image composite : huit météores photographiés entre 00 h 48 et 02 h 59, puis réunis sur une seule image, chacun à sa vraie place dans le ciel.

L'autre cadrage

À deux heures du matin, j'ai tourné l'appareil. Un sapin seul sur la crête, la vallée en dessous, et un ciel plus haut : moins de Voie lactée, plus de vide. Quatre météores y sont tombés entre 2 h et 2 h 25.

Composite de quatre Perséides au-dessus d'un sapin isolé, Vosges, nuit du 12 au 13 août 2026
Le second cadrage, vers 2 h du matin. Quatre météores, un sapin isolé sur la crête.

Même méthode : rien de déplacé, rien de pris ailleurs. Et un alignement deux fois plus précis que sur le premier cadrage : 0,5 à 0,8 pixel contre 1,4 à 1,8. Car ces quatre vues sont proches dans le temps de l'empilement qui leur sert de fond. Le ciel a moins tourné, il y a moins à corriger.

Deux de ces traînées ont failli ne jamais être trouvées. La première, à 2 h pile, est sur la vue qui suit juste la pause de six minutes. Le détecteur n'avait plus de voisines pour comparer. La seconde, je l'ai vue à l'œil sur l'écran, deux minutes plus tard. La machine l'avait laissée passer.

Carte annotée du second cadrage : les quatre Perséides numérotées, avec leur heure et la longueur de leur traînée
Le second cadrage, annoté. Les météores 1 et 2 partent du même point du ciel (le radiant), à soixante secondes d'écart. Les 3 et 4 sont parallèles. La bande verte est de l'airglow, une faible lueur naturelle de la haute atmosphère.

Les trois images

La première montre le centre de notre galaxie, vu depuis la table d'orientation. Une seule direction, un seul empilement, rien d'assemblé.

La deuxième est le montage : deux heures de ciel réunies dans une image, huit météores qui ne se sont jamais croisés.

La troisième est la même nuit, deux heures plus tard, tournée vers un autre horizon. Quatre traînées de plus, et un sapin qui donne l'échelle.

L'une est un instant. Les autres sont une nuit.

Sony A7R VI · Viltrox 16 mm f/1.8 à f/2 · 13 s · ISO 3200 · empilement Starry Landscape Stacker · détection, alignement et montage par scripts Python écrits avec Claude · finition Lightroom.